PRINCE D'UNE VIE!

Publié le 23 Juin 2016

PRINCE D'UNE VIE!

Il y a déjà vingt-cinq années.

C’était un soir avancé de juin, l’heure était bien tardive, mais je ne dormais pas, il avait fait chaud encore cette journée-là, les fenêtres de la chambre étaient grandes ouvertes et les persiennes fermées.

La somnolence m’avait laissée dans l’éveil, juste quelques pensées se promenaient çà et là, la lueur des projecteurs éloignés de la rue laissait entrevoir un semblant de lumière dans cette nuit opaque.

Rien de bien extraordinaire, une nuit comme une autre, comme celles qui se suivent et se ressemblent inexorablement.

Mon regard se porta sur les persiennes jalonnant le fin fond d’une nuit profonde, là figé, ébahi de cet univers incessant, quant au beau moment d’un raisonnement, céans, derrière les volets, une ombre m’apparut, une silhouette nuageuse, aérienne, se présenta derrière les contrevents, je n’ai pas eu peur, mais plutôt surpris !

Mon être, déjà grand baroudeur, ne connaissait que l’étonnement des aléas de la vie, pas l’effroi, ni la frousse.

Mais cette nouveauté, me paralysait dans l’instant, la silhouette restait flottante comme si elle me regardait, puis d’un geste souple et calme, elle passa sa main puis son bras entre les petits arcs-boutants et de celle-ci m’invitant à venir vers elle.

Je ne sais encore pourquoi, mais mon premier réflexe fut de me lever rapidement et d’atteindre l’interrupteur afin de faire jaillir la lumière de la chambre.

Bien évidemment après cette opération, bien que je remis le noir dans la pièce, tout avait disparût !

Je m’en suis voulu quelques temps, de cette réaction, car les jours suivants, les questionnements envahissaient mes pensées.

Qu’était-ce donc que cette soirée, que cet instant, est-ce vrai, pourquoi n’ai-je pas laissé s’accomplir ce moment de mon existence si différent.

Je marmonnais de mon acte, ressassait que peut-être une folle histoire aurait pu embellir un peu ma vie !

Mais chose faite, et le temps passant, les activités de mon travail par-dessus, cette anecdote allait finir au bout de quelques semaines dans les souvenirs de ma mémoire.

Sans le savoir à cette seconde, je venais de respirer le chemin de ma destinée future.

Il aura fallu quelques années de plus, pour que revienne concrètement les effets de ma première rencontre.

Bien qu’étant dans ma jeunesse d’une famille catholique maternelle, (côté paternel c’était athée), je ne trouvais rien d’agréable dans cette religion, la messe encombrait ma toute enfance et j’attendais plutôt avec impatience que mon père m’emmène à la pêche deux dimanches sur trois.

Mais de ce culte je gardais, je ne sais pourquoi une attirance toute particulière à la vierge marie, je trouvais cette statue dans les églises si différente des autres, elle était rayonnante et cela me suffisait.

Pour le reste une église, je trouvais cela moche, sombre, froid et les curés racontaient chaque dimanches toujours les même phrases, du par cœur banal, et sans aucun intérêt pour mon âge.

En gros, la religion m’a toujours barbé rondement et les 5francs que nous donnait notre grand-mère à moi et mon frère finissait perpétuellement dans la fente du baby-foot d’un petit bar près de l’église, à l’insu de ma regrettée mémé.

Tout ceci pour en venir au fait.

Je me trouvais au mois de mai, à la Rochelle, j’avais travaillé quelques semaines pour un employeur assez con, et vue mon caractère entier et bien trempé, j’avais tout envoyé balader, le patron et le boulot.

Mais erreur de jeunesse avec ce sang vif qui coule dans mes juvéniles artères, j’avais omis l’essentiel, un appartement que je venais de louer, une caution assez conséquente, et surtout une bourse désuète.

La bêtise fait partie du parcours de la vie, mais après réflexion elle a aussi du sens.

En conséquence de cet acte, je me retrouvai bien vite dans la panade !

Alors je cherchais rapidement un autre travail, mais comme toujours quand tu en as besoin ça ne venait pas très vite.

Ainsi un jour, je décidais de ne pas chercher, il faisait chaud, il faisait bon, et au diable si une journée de plus retardait les échéances.

Je fis le bord des plages, les chaussures à la main et les pieds balayant les vaguelettes des berges de mer.

Puis dans le creux de l’après-midi, je conclus par une promenade dans les vielles rues de la ville.

Dans les fonds de villes, une petite ruelle pavée faisait foi de mon cheminement, et dans un des angles de celle-ci se dressait une église.

Je m’arrêtais cinq seconde devant une des entrées, une porte de bois vieillie par le temps s’entrebattait au son grinçant.

Ma première pensée ne fut pas aux hommes ecclésiastiques, mais plutôt le souvenir que dans une église il faisait froid, et comme j’avais très chaud, ça tombait à pic cette histoire.

Je pénétrais dans la voute sacré (rire), faisant tranquillement le tour, le pas nonchalant regardant les statuts des uns et des autres, st Pierre, st Paul, st Jacques, st batiste, st Bernard (non celui-là ce ne doit pas en être un), bref une visite touristique avec un poil de fraîcheur.

Puis me voici maintenant devant l’illustration de Marie (la vierge), je me pris alors à avoir un souvenir d’enfance.

Je voyais souvent, petit, ma grand-mère se mettre devant les statuts, et prier des heures entières et dans l’instant, je me dis après tout, pourquoi pas !

Je m’installai donc, devant la représentation debout, et j’évoquai une demande.

« Madame Marie la vierge, pouvez-vous me trouver du travail !!! »

Je ne sais pas si c’est l’intensité de ma requête qui fut puissante, mais là devant moi je venais un instant, voir la tête de la sainte bouger.

Dans le doute de cette étrange réaction, je me posais une question logique, « oh mon gars il fait vraiment chaud aujourd’hui ! »

Je me concentrais sur la pierre, la fixa, et reposa ma question, cette fois avec intriguassions, et hop de nouveau la tête de la dame bougea, pas d’un trois cent degré bien entendu, mais comme un succin mouvement bref.

Je n’osais y croire, je me tournais, cherchais s’il y avait quelqu’un d’autre près de moi, rien, seul, isolé avec cette énigme.

Je stationnais à nouveau encore une fois, et là je distinguais ses yeux, ils étaient vivants, comme si dans la roche taillée on avait mis de vrais yeux d’humain.

J’étais entre l’émotion, l’intrigue, et la recherche logique de cet événement, bien entendu je ni trouverais aucunes explications de suite, et même avec ceci je n’en dirais pas mot avant bien longtemps.

En sortant de cet édifice, le souvenir de ma furtive rencontre avec la silhouette de nuage commençait à faire relation étroitement liée.

Le plus important dans cette histoire, même si à cette époque elle peut entrer dans le fait du hasard, le lendemain je trouvais du travail s’en vraiment en chercher, en buvant un café de bonne heure le matin et en discutant banalement avec un homme du métier.

Rédigé par lavatar

Repost 0
Commenter cet article